C’est mon grand-père, il est né en 1896. Je ne sais pas bien si c’est en 1896 ou en 1886. C’est l’un des deux, mais je ne sais pas.
C’est ma grand-mère, ma grand-mère et puis moi.
C’était chez moi. Pas dans ma maison natale parce que je suis née à Paris. Oui. Ma mère m’a ramenée j’avais 28 jours. C’était la déclaration de la guerre quelque temps après, la guerre de 14.
C’est mes deux enfants dans notre maison.
J’ai travaillé à 17 ans comme employée de maison à Vallières. J’ai travaillé chez des postiers. Et puis après j’ai été travaillé dans une très grande maison bourgeoise. C’était une dame, je vais vous faire rire, quand elle allait à la messe elle aurait pu amener une personne qui avait des sabots sales. Mais les autres jours elle n’avait pas besoin, non, ce n’était pas le jour. Il y avait une cuisinière. Oui, il y avait de l’argent. C’était une dame du Nord, son mari était en-trepreneur de maçonnerie.
Je suis restée trois ans chez eux, avant j’avais travaillé quelques jours comme ça, mais dans cette maison-là j’ai travaillé trois ans. Après je me suis mariée. Il est mort. Je l’avais ren-contré à Vallières, au bord du Thaurion, à côté du moulin. Notre maison elle restait sur Mon-teil-au-Vicomte. C’était une maison que mes parents n’ont pas pu faire de réparation. On l’a fait couvrir et puis c’est tout.
Mon père était mort à la guerre, mes grands-parents m’ont gardée, ma mère travaillait dans les fermes. À ce moment-là on ne gagnait pas de l’or.
Mon mari travaillait la terre, il est revenu de Paris parce que les travaux ne marchaient plus. Ça marchait par moment, par période. Alors, il est venu travailler sa ferme. Il arrachait des arbres, ça en aurait fait de l’argent tous ces arbres. Si on savait l’avenir…
Mon fils est entrepreneur de maçonnerie à Paris et puis l’autre il a gardé la ferme. Une ferme de 40 hectares. Oui.
On avait trente bêtes, on les mettait toutes dehors parce qu’on avait tellement de pertes de-dans. Le vétérinaire nous avait dit que si on mettait les vaches dehors on aurait moins d’ennui. Et mon fils est allé les voir un matin, elles étaient toutes couvertes de neige, jamais elles ne se sont jamais si bien portées. C’est quand même mieux qu’à l’étable, ces vieux bâtiments c’est plein de microbes. Et il fallait les nettoyer les matins. On achetait des vaches elles faisaient des veaux dehors et on s’en occupait plus. Un jour on a trouvé un veau qui n’avait plus de tête, le renard avait mangé la tête, c’est terrible. Elle a fini de faire un veau comme ça : un veau sans tête. Il y a des miracles. Dans l’agriculture comme ailleurs.
On faisait du seigle et puis du blé. On a fait du blé noir, mais pas longtemps. Du blé noir ça ne se vendait pas beaucoup, mais pendant la guerre on en faisait des crêpes. Mais ça n’a pas duré après la guerre. On mangeait son œuf avec des crêpes et c’était bon. Une crêpe passée au beurre. Oh !... Ça ne m’a pas fait maigrir pour ça. Le lait... Il ne nous manquait rien pour faire des gâteaux. La tarte aux pommes, c’était bon. Je ne me vante pas, monsieur, je les réussissais bien. Vous savez il faut beaucoup de matière grasse pour les tartes pour que la pâte soit fine.
Je voulais travailler dans une maison, mais pas la terre. Non, je n’ai jamais aimé. Mais vous me diriez : pourquoi on s’est marié avec un cultivateur ? Non, on ne réalise pas. Je ne sais pas. Je n’ai jamais su comment j’avais fait. Je le connaissais vaguement, vaguement. Il y a des coïncidences vraiment impensables. J’aurais voulu être dans un bureau, écrire, mais je ne pouvais pas faire autre chose parce que j’ai que mon certificat d’études.
Mon institutrice s’appelait madame Michaux. Ah oui ! J’étais forte en orthographe et elle avait une maladie de voix, et quand elle avait trop mal, elle me mettait à son bureau et elle me faisait dicter la dictée aux autres. Je vous assure que ce moment-là je m’en souviendrais toute ma vie. Le roi n’était pas mon cousin.
L’école était à un kilomètre. On n’avait que des sabots et on avait de la neige dans les sabots et il fallait passer la journée comme ça. Je cassais les sabots parce qu’on sautait à la corde. Un jour ma grand-mère m’a dit : « Je vais t’en faire un en fer ! » Elle m’a acheté des galoches. Ça a résisté.
J’aimais ça le bal. Il y avait tout à Vallières, et il n’y a plus rien. Il n’y a même pas un bal maintenant. Je ne comprends pas la jeunesse. Ils se battent c’est affreux la jeunesse.
Le cinéma c’était trop cher. On a vécu honnêtement, mais on a vécu convenablement.
C’est l’année de mes 20 ans sur la photo. Je suis allée chez un photographe à Vallières, mais il est mort maintenant, c’était monsieur Nardonet. C’était un jour comme un autre mes 20 ans, je travaillais. J’ai vécu pauvrement, mais honnêtement. C’est une vie simple, mais honnête. Je ne regrette pas ma jeunesse.
Il n’y a plus de bal maintenant, il y a le terrain de football à la place.
J’ai aimé danser. J’ai connu des garçons comme toutes les filles convenables. On se couchait à plus d’une heure et le matin il fallait se lever à 5 heures pour être au travail à six heures. Ce n’était pas drôle, mais on était content quand même.
La transcription des interviews réalisés sur le territoire creusois