Je viens de Paris en fait de Saint-Denis.
Je ne sais vraiment pas où je vais.
Mon parcours se situe aux alentours de Paris je passe de la banlieue sud à la banlieue nord dans un mouvement circulaire.
Je suis venu en Creuse deux fois un mois à 20 ans. Ça remonte à 20 ans. J’étais animateur dans une colonie de vacances où on faisait des randonnées en roulotte pour valider mon BA-FA
L’hôpital de Bourganeuf m’a marqué parce que pour la première fois de ma vie j’ai passé une nuit à l’hôpital. Ce jour-là le tour de France passait nous étions bloqués avec les ados de la colo dans une calèche traînée par des chevaux et le soir à l’abreuvoir je me suis fait botter par une jument.
Je suis au château du Plat à Vallières.
C’est un lieu dans une dépendance. Ici d’habitude c’est une colonie de vacances. Cette cham-bre est neutre dans un château réaménagé.
Ici les distractions sont plutôt intéressantes, j’apprends des choses. Sur la création contempo-raine.
La Creuse c’est une personne qui n’a même plus les os à se mettre sous la peau.
La Creuse c’est un pays où le soleil est éternellement absent.
Être Creusois c’est un fantasme, le fondu creusois dans lequel on peut tremper des frites, le Creusois est gras. Je me sens Creusois dans ce pays vert et plein de mouton. Ça donne envie de prendre le maquis. À peine j’étais installé j’ai aimé voir un pays que je n’avais pas vu de-puis de mon enfance : un pays qui n’est pas envahi de lotissements : des villages et la terre.
L’eau, la terre, le vert.
La terre on la sent partout, elle est présente, l’odeur, les vibrations, le minéral. L’eau est pré-sente en permanence, une humidité qui rassure même si elle déprime. Le vert il suffit de re-garder.
Une image visuelle : un petit restaurant avec sa terrasse et un rayon de soleil dans un village.
Ma première impression de la Creuse ce sont les virages, je me souviens d’un village avec 4 ou 5 virages en épingle à cheveux.
Mon premier souvenir c’est en roulotte, l’essieu s’est coincé dans une voiture et le cheval a continué à entraîner roulotte et voiture sans se soucier.
J’ai vu beaucoup de hérissons disparaître en Creuse.
J’ai vu apparaître avec étonnement le soleil.
Depuis une semaine j’ai vu apparaître la vierge sur une photo réalisée par des artistes.
Ici il me manque trois choses : la ville, la densité de population, et la mer et la montagne.
Je suis séduit par ce département mais de là à m’y installer.
Depuis une semaine le beau temps est arrivé. Et c’est revenu à la pluie.
Aujourd’hui j’ai vu de l’eau dans l’eau.
Ce qui manque en Creuse c’est une infrastructure ferroviaire.
J’y mettrais du relief, de la variété, si j’avais tous les pouvoirs, d’un bout à l’autre je retrouve ce que je vois d’un bout à l’autre.
Le Creusois, le gâteau, c’est la chose que j’emmènerais ailleurs.
J’ai envie d’évoluer dans la Creuse, d’y passer plus de temps, mais je pourrais vivre ailleurs.
Ici c’est le côté le plus nature que j’ai connu depuis mon enfance. Peu touché par la main de l’homme. La main de l’homme a souillé la nature et cette souillure s’élargit très vite, ici je le sens moins. Ça me rappelle mon enfance d’avant le remembrement. Et il y a encore ces bars avec épicerie, on se retrouve d’avant le 21 éme siècle. C’est un endroit où on a encore le temps de vivre.
Les moutons toute la nuit, toute la journée, je m’aperçois que les animaux ont tous une voix différente, quand il bêle je peux reconnaître les bêtes.
Le berger qui a changé les moutons de pâturages, il les appelait : « Viens mémère. Viens viens viens mémère ! »
La commune de Guéret. C’était une des premières communes antérieures de très peu de temps à celle de Paris.
Je ferai disperser mes cendres sur le plateau des Millevaches.
L’eau c’est permanent, c’est partout, ça tombe du ciel, et on patauge dedans, c’est le pays de l’eau.
Le feu c’est néant. Ou les éclairs, on en voit tellement que le ciel parait éclairé.
L’odeur de la terre dans les grottes.
Creuse : caillou, renard, mélancolie, fondu Creusois, forêt, Henri 4, le Grand Meaulnes, ma tante, phlébologie, manteau, « La fin du jour », « Les jeux de 20 heures », Michel Sardou.
Main droite : regarde-moi en face bien dans les yeux.
Main gauche : pose-toi sur mon cœur.
J’aime la vue de ma fenêtre.
La transcription des interviews réalisés sur le territoire creusois