On a tous 80 ans. Moi j’ai 88 ans.
Je suis née à Guéret, à la Celle Dunoise, moi en Auvergne.
Je n’ai pas quitté la Creuse.
Moi j’ai été déporté en Tchécoslovaquie. J’ai eu les pieds gelés.
J’ai vécu à Paris tout le temps, maman a vécu avec un Creusois de Paris, je faisais la navette et je la fais toujours un petit peu.
J’ai vécu à Paris. Je suis née en Creuse.
Ce n’était pas du moderne quand on était enfant. Pas d’électricité, lampe à pétrole et bougie. On l’a eu en 32. En 32 au printemps. Un puits, ou les fontaines, beaucoup de fontaines dans le village. Ils emportaient deux seaux et un grand bâton pour les porter de chaque côté, des seaux en bois. Des fois ils tombaient dans le puits, les seaux. En hiver on faisait des petits chemins avec une pelle. On se chauffait au bois, des cheminées assez grandes pour mettre le bois dessus. Et une cuisinière à charbon. On chauffait l’eau dans une marmite pour se laver. On faisait les châtaignes dans les marmites. Les toilettes c’était dehors. Moi c’était dans la cour, derrière. Le soir c’était les veillées. Les dames tricotaient et racontaient des histoires, les hommes jouaient à la carte. Chez moi il y avait un café-restaurant et tout le monde venait. Il y avait des buvettes. Le train s’arrêtait là à Saint Sébastien, il y avait deux trains par jour, une épicerie et deux cafés. On chantait le soir. Il y avait des blagueurs qui racontaient des histoi-res.
Au mois de mai il y avait des fêtes. Il y avait un cinéma qui venait.
C’était plus vieux, c’était vers 35.
Moi j’ai été à l’école en 28.
Moi c’était surtout des bals. Les bals des conscrits.
Raymond Poulidor a gagné le prix de la commune et c’est à partir de là qu’il a été lancé.
Il y eut de très belles fêtes au Bourg-d'Hem tout de suite après la guerre.
Pour la batteuse c’était l’occasion de boire un peu. On faisait les tartes. C’était apprécié. Il fallait lier à la main. Faire les meules, porter les sacs. Une vingtaine de personnes.
Il y avait des bals au café, il y avait trois cafés, ils faisaient aussi des mariages.
Chez nous les filles et les garçons se connaissaient.
Moi je faisais 4 kilomètres pour aller à l’école. J’ai failli me noyer à 7 ans. Parce que l’hiver 29-30 la neige a duré plus d’un mois, il y avait 50 centimètres, quand elle est partie ça faisait du bouillon, ça fait que le soir la fille du meunier elle avait une douzaine d’années, elle a pas-sé dessus, mais moi je suis tombé dedans et le courant m’emportait, c’était le 4 février. La fille du meunier elle a réussi à me sortir. Mes cahiers étaient tout tachés.
Moi trois km à pieds pour aller à l’école à travers les champs par un petit chemin.
Moi ça faisait 15 km aller et retour. Il fallait se lever de bonne heure et revenir tard. À pied toute l’année. On ne manquait pas l’école. C’était obligatoire, si on n’y allait pas, on était marqué.
On avait des petites chaussures hautes, pas de bottes.
Le forgeron. Les sabotiers. La neige collait aux sabots. On avait des chaussons en laine que les grands-mères faisaient.
Le dimanche c’était comme la semaine. On lavait son linge au lavoir. On allait à la messe. On allait à la pêche aussi.
Moi je faisais cuire un poulet quand ma femme arrivait de Paris avec ma fille, avec un verre de vin, c’était bon.
Le Mardi gras, on faisait le carnaval.
Les communions au mois de mai, il y avait la famille.
C’est la vaisselle qui manquait, on en empruntait.
Les pommes de terre à la crème. Beaucoup de pommes de terre. L’été les haricots verts. La dinde et le poulet. La viande de boucherie on n’en mangeait pas beaucoup. Les endives il n’y en avait pas. On avait de la bonne crème. Je faisais le beurre, la crème. Les pâtés aux pommes de terre. Il ne fallait pas de régime. Je voyais ma mère pétrir le pain dans la huche. Toutes les femmes faisaient le pain. Toutes les semaines on chauffait le four. On faisait des tourtes de 15 livres. Avec les braises dans la cheminée on faisait griller le pain. Il y avait des gens qui n’avaient pas de cuisinière, ils faisaient la cuisine dans la cheminée, sur un trépied. On cou-vrait les braises avec de la cendre, et le lendemain on retirait la cendre et le feu reprenait.
Dans le village il y avait un monsieur qui faisait des semelles de galoches, on changeait juste la semelle, on gardait le tour.
La vie était difficile pour beaucoup.
Tous les samedis il y avait le marché, dans notre village il y avait un épicier avec quelques bricoles. Et il y avait un épicier ambulant en voiture à cheval.
Il y avait le Caïfa.
Pour les courses importantes, on allait au Canton. À Boussac on avait ce qu’on voulait. À Guéret c’était bien. À Dun le Palestel il y avait de tout.
Et puis il y avait un train. Le train qui faisait Saint Sébastien Guéret, pour Paris c’était simple. Le train il faisait la Grenouillère aussi.
Je suis née en 25, mais après je ne voulais pas rester, l’école ce n’était pas bien.
Elle était dure la vie. Il n’y avait pas de grosses propriétés.
Pendant la guerre il valait être mieux être dans les campagnes, on mangeait du pain blanc et en ville ils mangeaient du pain noir. On mangeait du topinambour en salade.
Les voisins sont sympas en Creuse.
À partir des années 60 le boulanger a passé, mais avant on faisait le pain.
J’ai encore une copine de 90 ans, moi j’en ai 82, c’est une copine d’enfance.
La guerre a changé beaucoup de choses, il y a plus de train, la ligne Saint Sébastien Guéret elle n’existe plus. À Bussière le train passait à côté de chez moi. Il passait à la Genouillère chez moi. Elle rejoignait la ligne de Paris, alors c’était pratique.
L’habillement a changé, quand on était petit, il y avait juste le marché. Maintenant c’est plus simple.
Tous les jeudis il y a une foire à Dun, encore. Mon grand-père avait une voiture avec une bourrique alors on y allait.
C’est dans les années 50 que j’ai acheté une voiture, en 48. Une prima d’occasion. La dernière c’était l’Ami 6. Je l’ai gardée longtemps celle-là.
Vous faisiez partie des riches.
J’aime Crozant. Fresselines. L’été il y a encore des gens qui viennent en vacances, il ne reste pas le mois, parce qu’ils s’ennuieraient un peu.
Ça dépend comment on est reçu par les gens.
Les Creusois ils sont sympas quand ils sont amenés par des gens qu’ils connaissent.
Dans le village il y avait trois cafés, mais il y en avait un où tous les samedis ils faisaient les mariages, et on pouvait aller danser.
Maintenant ils se marient avec la nuit.
Maintenant c’est changé, tous les gens ont leur famille ailleurs, avant ils étaient un peu retar-dés. C’était des petites fermes. Tout le monde faisait de tout. Pas plus de 10 hectares. Une vache à l’hectare.
Les gens sont plus heureux qu’ils l’étaient autrefois, je pense bien.
Toutes mes copines sont parties à Paris. Une n’a jamais voulu revenir, pourtant elle avait une jolie ferme, une jolie maison, elle a tout vendu.
On faisait beaucoup de choses chez nous. Les grands-mères elles étaient habillées en noires. La Creuse ça n’était pas riche. Ils vivaient de leurs produits. Ils mangeaient ce qu’ils récol-taient. C’était bon.
Il y a des endroits sur Boussac, ça grêlait souvent.
Le père de mon père il était maçon et il était descendu à Paris.
Mon grand-père paternel, il allait travailler à Paris, il revenait l’hiver.
Ils savaient maçonner dans le temps.
Il y a des endroits où il n’y avait pas trop d’eau.
Je vivais avec 9 vaches, ça me suffisait.
Les Creusois sont accueillants quand vous amenez des gens. Mais ils sont restés méfiants.
Maintenant il n’y a plus personne dans les villages.
En Seine et Marne, ils n’accueillent pas les gens comme ici.
Il y a 30 ou 40 ans ce n’était pas facile de se marier. Des femmes j’en ai trouvé trois. Il y en a deux qui voulaient un gendre, et une autre qui venait chez moi, alors j’ai pris celle-là.
Les gens ils voulaient un gendre pour travailler à la ferme.
Moi j’n’ai jamais trouvé à me marier.
La transcription des interviews réalisés sur le territoire creusois