La transcription des interviews réalisés sur le territoire creusois

Murielle de Guéret

Je viens du Loire et Cher. Blois exactement.
Je vais vers pas mal de choses.
Je suis partie à 20 ans du Loire et Cher, je me suis mariée et je suis partie pendant 5 ans à Monbazac, à côté de Limoges. Après il fallait s’éloigner de la belle famille. On est venu sur Limoge, on y est resté 15 ans. Les choses se sont gâtées et aujourd’hui je me retrouve seule à Guéret avec mes enfants.
Je m’adonne au théâtre depuis le mois d’octobre.
J’ai été mariée deux fois, j’ai été mariée un an la seconde fois et j’ai eu des problèmes de vio-lence conjugale, on m’a conseillé de partir. Il n’y pas de place dans les foyers pour m’accueillir sur Limoge, il a fallu trouver un endroit, direction Guéret pour le foyer creusois. J’ai vécu la déroute. J’ai vécu sept mois dans le foyer et j’ai trouvé ici.
Creusois c’est la campagne. C’est assez vallonné. On s’y ennuie un peu. C’est un pays où je suis arrivée, je n’ai pas choisi. Je n’y ai pas mes racines. À Blois c’est plat. Les racines c’est l’enfance, bien ou pas bien.
Mon père ha bitait en HLM, mes parents étaient séparés et j’aimais aller chez lui. Balades en voiture, château de Chambord la sortie du dimanche. Avec ma mère c’était pas ça.
J’étais un cancre. Je ne suis pas rassurée quand je fais quelque chose.
Je ne pensais pas que la Creuse m’aurait apporté ce qu’elle m’apporte : sortir, aller et faire du théâtre.
Je n’ai pas beaucoup d’amis, mais ils sont à Limoges.
Je suis arrivée à 2000 pendant la tempête.
À Limoge je ne travaillais pas, j’étais en invalidité, je m’occupais de mes enfants. J’ai juste travaillé un peu en restauration. J’ai une fille qui va avoir 18 ans, mais qui ne veut plus me voir, j’en ai un autre qui a 15 ans, et un autre qui a 28 ans et qui me voit plus non plus.
Mon premier souvenir en Creuse : je suis arrivé pendant la grande foire du mois de juillet dans une voiture déglinguée. Je me demandais ce que je faisais là, j’avais tout quitté, tout abandonné. La première heure je suis allée directement au foyer creusois, j’avais rendez-vous à 11 heures. Je n’étais pas bien. Ça me paraissait petit. Je pensais repartir et ça fait sept ans que je suis là.
J’aime bien le lac de Courtille. Et côté viaduc de Gligny. Je l’avais dessiné. J’ai fait des ren-contres avec des gens que j’avais connus au téléphone. De brèves rencontres.
Guéret c’est où j’ai appris la culture. Il y a des expositions, il y a plein de choses, ça bouge.
Depuis 7 ans ça s’est construit, ça s’est modernisé, ça a pris l’allure de grande ville avec ronds-points. Des magasins ont été déplacés pour gonfler des endroits où il n’y avait rien. La farfouille par exemple. Inter-sport se retrouve à côté de Leclerc.
Je me déplace à pied. Je suis à un quart d’heure du centre. Avec la neige, c’est très casse-gueule. Il y en a tous les ans. C’est l’isolement. On ne sort pas.
Mes voisins directs c’est intolérable, pas d’entraide, du bruit. En ville les gens sont beaucoup plus ouverts, il y a tous les milieux.
Je quitte rarement la Creuse, j’ai pas de finance pour ça. Il y a 15 jours je suis partie au festi-val de théâtre à Paris pour une journée. C’était bien.
J’ai perdu ce que je devais perdre, j’ai perdu mon papa, on n’est jamais enterré où on veut.
Moi je voudrai me faire enterrer à Blois. Dans le château de Chambord, dans la chambre royale, au milieu des fleurs.
La Creuse c’est pas chez moi.
Si je partais j’emporterais l’eau.
Je regarde souvent ce vallon qui va vers Limoge.
Depuis une semaine ça continue de bâtir. Depuis un an il y a eu une petite maison qui s’est construite du côté de la ferme.
J’ai rencontré des gens qui n’ont plus rien et se retrouvent ici au foyer creusois. C’est pas pour s’y cacher comme j’ai entendu dire, c’est parce qu’on a pas le choix.
Le directeur de la Fabrique, je l’ai rencontré sur le parking de Fayolle, je cherchais à faire du sport, il m’a proposé de faire du théâtre. Il m’a demandé si le soir je voulais venir au théâtre, j’y suis allée et je n’en suis plus jamais partie. Ça fait un an. J’ai fait cinq stages.
Mon père aimait la terre, il travaillait son petit jardinet, je l’aidais.
Mon père était serrurier, aujourd’hui c’est modernisé.
Merci la Creuse de ce que tu m’as apporté, je n’avais pas envie de rester, et tu m’as fait chan-ger d’avis.