La transcription des interviews réalisés sur le territoire creusois

Mots recueillis en Creuse

Je viens de l’amour de mes parents
Je viens de la banlieue parisienne
Je viens d’ailleurs
Je viens de l’Age
Je viens de Guéret
Je viens de la Creuse, de Limoges, de Paris, d’Angers
Je viens de Creuse
Je viens de la Marche, de Saint Benoit du Sault, dans l’Indre
Je viens d’il y a très longtemps
Je viens de Saint Georges Nigremont.
Je viens des chiottes
Je viens de mon véhicule.
Je viens de Paris
Je viens de l’Écosse
Je viens de Saint Ouen à Paris
Je viens du Terrible.
Je viens d’Alsace
Je viens des Landes.
Je viens de l’énergie pure.
Je viens d’Asnières

Je ne sais pas encore où je vais.
Je vais aux Chiers
Je vais poursuivre mon chemin
Je vais à la Celle Dunoise
Je reviens toujours très vite en Creuse.
Où je vais j’y vais en marchant.
Je vais au coin de la rue d’après.
Je vais à Saint Georges Nigremont
Je compte aller dans mon jardin pour nettoyer mes fraisiers.
Je vais à Montignac
Je vais au cimetière
Moi aussi mais je vais rester encore un peu.
Je vais ici.
Je vais vers les terres pures.
Je vais vers mon destin
Je vais dans la conscience infinie.
Je vais là-bas.

J’aime la Celle Dunois pour la Creuse qui la traverse.
J’aime Crozant, Masgot, Egusson, pour la couleur de la pierre, associé à une végétation variée et lumineuse et l’impact laissé par des artistes de tous styles.
J’aime tous les endroits qui ont du charme et leur opposé.
J’aime l’étable de ma tante à Bareix pour son odeur d’excrément.
J’aime le paradis.


Je vais partout plusieurs fois par an et quand je reviens en Creuse j’ai plaisir à retrouver la tranquillité calme.
Je vais quelquefois à Bordeaux et quand je reviens j’ai plaisir à retrouver le relief verdoyant qui me rappelle l’Alsace.
Je vais souvent à Paris, quand je reviens j’aime retrouver le feu de cheminée et son odeur.

J’aimerais aller à :
Vassivière regarder l’eau.
Sur le chemin des poètes autour du lac de Vassivière.
Au soleil au bord de l’eau.
Aux cascades des Jarauds.
À la tuilerie de Pouligny.
Là où le vent me mènera.
Dans un salon de thé de la rue du vieux marché sous un lustre de guingois.

J’aime un peu la Creuse, il y a de jolis paysages.
J’aime beaucoup la Creuse qui apaise et détend l’esprit.
J’aime moyennement la Creuse parce qu’il y a toujours un endroit à découvrir.
J’aime beaucoup la Creuse parce qu’on peut se retrouver seul avec soi-même.
J’aime énormément la Creuse parce qu’ici les oiseaux chantent mieux qu’ailleurs, et plus fort.

Depuis une semaine :
Les chemins sont boueux.
Les tomates ont poussé.
Les voies routières se sont améliorées.

Depuis 5 ans :
Les maisons sont de plus en plus chères.
Il y a de plus en plus de champs de maïs hélas.
La razia des chênes pour la vente de bois de chauffage sans qu’on les replante.
Les magasins standards prolifèrent dans les zones commerciales, surtout à Guéret.

Depuis 10 ans :
Il y a de moins en moins de haies et de plus en plus d’anglais.
Les villages ont perdu leur bonne odeur de bouse de vaches et de fumier.
La nature depuis la tempête a changé.
Tout a changé, ou presque.

Depuis ma naissance :
La nouvelle agriculture locale a abimé la nature.
La creuse a été stigmatisé comme département de vieux et de ploucs.
J’ai pas mal vieilli.



En Creuse on peut trouver :
Des kilomètres de nature sans rencontrer personne.
On ne rencontre personne de la journée et on a l’impression que la Creuse nous appartient.
Des vieux tracteurs des années 50, des verrières dans les cimetières, des drogueries de campa-gne où on trouve de tout.
Le calme et l’harmonie.

On y trouve comme partout :
Des supermarchés dans les villes.
Du lait en brick.
Des zones industrielles et commerciales autour de Guéret et de la Souterraine.
Des peurs, des œillères et des mauvais croissants.
Des étangs et du relief.
Des êtres humains.
Des habitations et des ânes à l’intérieur.

À moins de 10 ans, je me souviens :
3 kms 5 à faire à pieds par tous les temps pour aller à l’école. Un jour de neige j’étais la seule élève, j’ai déjeuné chez ma maîtresse.
La mort d’un policier à Pontarion. Toute la France s’empare de l’affaire.

Entre 10 et 25 ans, je me souviens :
L’internat. Une bataille de polochons, juchée sur un lit à étage un dimanche soir. Je visais une copine, c’est la directrice qui l’a pris en pleine tête.
Vraie bergère, je l’ai pratiqué jusqu’à mon adolescence ; les bêtes se gardaient toutes seules pendant que je rêvais.
Mon embauche et ce qui en a découlé : déménagement, autonomie, rencontres.
La sécheresse en 1976, un été bouillant.

À plus de 25 ans, je me souviens :
La manifestation nationale pour la sauvegarde des emplois publics le 05/03/2005, le lende-main de chutes de neiges mémorables : 12 centimètres.

Dans les années 40/50 il y a les bals en plein air. Les charrettes à bœufs. Pas de voi-ture. Les enfants partent à la recherche d’emplois ailleurs. La résistance.
Dans les années 60/70 il y a beaucoup de travail. Les routes goudronnées. L’eau au robinet. Ma retraite paisible. L’intégration forcée des enfants réunionnais décidée par le gou-vernement.
Dans les années 80 l’agriculture évolue. Les commerçants ambulants disparaissent. Les anglo-saxons débarquent. La dépendance dans un département isolé. Le début de l’uniformisation.
Dans les années 2000 c’est la tempête. La tempête de 1999, la neige de 2007. La dis-parition des services publics et des petits commerces dans le bourg. La terrible tempête qui a massacré le paysage à l’aube de 2000. La diminution des emplois administratifs, l’augmentation des emplois touristiques ou environnementaux.

Creuse, ouvre-toi, évolue, ne reste pas une réserve.
Creuse, je suis heureux de vous connaître.
Creuse, merci d’exister.
Creuse, je te vois, je t’écoute.