Je viens des chiottes.
Je viens de mon véhicule.
Je compte aller dans mon jardin pour nettoyer mes fraisiers.
Je vais à Montignac.
Être Creusois c’est être quelqu’un de la campagne brut de pomme, c’est tout.
À part habiter la Creuse, je ne vois pas trop ce que c’est d’être creusois.
Ça va faire 8 ans que j’habite la Creuse, parce que c’est là que j’ai trouvé une maison qui était dans mes moyens. J’étais à Cannes, et un jour une collègue a reçu un coup de téléphone d’une tante qui habitait la Creuse, alors je lui ai demandé de m’envoyer de la documentation parce que je savais que les maisons n’étaient pas chères en Creuse. Je voulais un coin isolé pour vivre en ermite.
Ça fait quatre ans que j’habite en Creuse, pour le boulot. Je ne savais même pas que ça exis-tait la Creuse. Avant j’étais dans les Landes, ici il fait plus frais. Ici les gens sont intro, dans les Landes ils sont extravertis.
Ici il y a beaucoup d’entraide, quand tu arrives et que tu n’as pas beaucoup de sou, les gens viennent et te donnent des légumes. J’ai été très bien accueillie. Tout le monde venait m’aider. Il y avait un vieux monsieur qui aidait le monde, qui était très gentil, il est mort, et l’ambiance a un peu changé.
Quand j’ai demandé le renseignement pour arriver dans ce lieu dit où je me suis installée, j’ai demandé à un boulanger à Guéret, et il a été charmant. Et tous les gens qui m’ont renseignée tout au long de la route ont été charmants.
J’ai trouvé la région triste, un peu macabre quand je suis arrivé, après ça a été mieux.
Le boulanger vient de mourir alors il n’y a plus de boulanger.
Il y a pas mal de commerces qui ferment.
Beaucoup de morts, je n’avais plus fréquenté l’église depuis mon enfance et on vient me chercher sans arrêt : « Vous venez à l’enterrement d’untel. »
La Métive est arrivée, et beaucoup d’anglais. À la Celle les lampadaires sont apparus. Mais ici ça ne change pas beaucoup.
Depuis que je suis ici j’ai commencé à faire un jardin, à avoir des poules.
Ce que je regrette c’est qu’ici je suis propriétaire, alors tout est à ma charge.
Et ce que je regrette c’est pouvoir faire les magasins quand j’ai envie.
Il faut aller loin pour tout, prendre la voiture. Il n’y a pas beaucoup de pompes à essence. C’est un pays un peu oublié. Maintenant j’apprécie qu’il n’y ait personne. Le calme je ne voudrais pas l’abandonner. Je suis bien ici.
J’adore le pommier dans mon jardin, le voir le matin quand je me lève. Peut-être parce que je suis née en Normandie et ça me rappelle quand j’étais enfant et qu’on pressait nous-mêmes nos pommes. J’ai eu trois nids de frelons. Je m’en suis débarrassée. Et le pommier a donné plus de pommes pour me remercier.
J’aime le chêne dans le potager. Mais j’ai pas eu de relations spéciales avec lui, je le sens bien c’est tout.
Du côté de Maillat, à Grobost on se sent écrasé, il y a de la roche devant les maisons.
Ici ils nous appellent des rapportés.
« Il est jaloux même d’une feuille qui tremble. »
Quand je reviens en Creuse j’ai plaisir à pouvoir sortir de ma maison en chemise de nuit.
J’aimerai me faire enterrer dans mon jardin.
Je voudrai enlever les droits de passage, il y en a trop, ça n’a plus lieu d’être.
Depuis une semaine les arbres ont fleuri.
Depuis une semaine l’herbe a été tondue.
Pendant la tempête j’ai eu peur, j’ai appelé les voisins, et ils m’ont dit que toutes les vieilles toitures avaient tenu et pas les nouvelles.
J’ai aidé le boucher a faire le repas des vieux.
Pour les cinquante ans d’une amie on a fait un super repas, avec leur fils qui était déguisé en indien, parce qu’il avait fait du théâtre en Inde, et est arrivé sur une barque.
J’ai fait un méchoui pour des archéologues, c’était sympa et original, on a tiré au tir à l’arc à l’ancienne.
L’eau ici c’est la pluie. Il pleut beaucoup. Mais sinon ce ne serait pas si vert.
L’eau est pure ici.
On fait des feux pour nettoyer les arbres, le jardin.
La terre c’est les joints entre les pierres.
Quand j’étais enfants, j’étais très pauvre, et j’avais des parents alcooliques qui ne s’occupaient pas de nous, et souvent il n’y avait pas à manger, alors je fabriquais des trucs en terre pour que mes frères et moi on puisse manger. Et on les mangeait. On mangeait de la terre. Je fabriquais une banane, un bifteck, en terre, et voilà on mangeait notre banane, notre bifteck en terre. Je mélangeais avec de l’eau, je façonnais mes petits objets, on mettait une planche par terre, et voilà on mangeait. Ça a duré trois ans. C’était souvent. La nuit on restait dehors tout seul, parce qu’ils étaient au bar. Mais après on est parti à l’assistance publique.
On m’a dit que quand j’étais petit je marchais sur les braises.
C’est moi qui faisais la lessive quand j’étais toute gamine, en plein hiver, dans l’eau froide, dehors, je lavais les bleus de travail de mon père.
Le gâteau creusois c’est qu’en Creuse.
En Creuse, comme partout on trouve des grandes surfaces. Comme partout on trouve des cons.
Dans les années 50 chacun avait sa vache, des bêtes se promenaient dans le village. Les gens travaillaient en famille, ils n’avaient pas besoin de se déplacer.
Le charbonnier a disparu. Et le vendeur de peau de lapin. Et les chanteurs des rues à qui on lançait des pièces des fenêtres. Et le rémouleur.
Je dirais à la Creuse : heureux de t’avoir connue.
Il parait que c’est le creuset de la franc-maçonnerie mais on n’en entend jamais parler.
La transcription des interviews réalisés sur le territoire creusois