Ici la nourriture est bonne, les aides soignantes sont gentilles, il n’y a pas de bruit.
Je suis presque né en Creuse, à côté de Montaigu en Combraille, dans le coin du Puy De Dôme, pas loin de l’Allier. Ce sont mes origines. J’y ai vécu toute mon enfance. J’étais pro-fesseur, alors après le cycle habituel du secondaire je suis allé à la fac de Clermont, ensuite Paris, j’ai passé l’agrégation en 1952. Je suis un petit peu universitaire, mon père était prof de math, et moi je suis prof d’anglais. C’est un peu ardu, il y a beaucoup de choses à apprendre tout de même. Après la fac j’ai commencé à Melun dans la Seine et Marne, je m’y plaisais assez, après je suis descendu à Bourges parce que mes parents qui prenaient de l’âge étaient dans la région de Montaigu, après j’ai connu Nevers, et finalement j’ai fini ma carrière ici. J’étais toujours professeur du secondaire, mais je finissais ma carrière à Guéret. C’était un choix parce que c’est ma région d’origine, et je me sentais naturellement attiré par les paysa-ges de la Combraille, qui est la région qui s’étend de Évaux en direction de Bellac, jusqu’à Montluçon.
Je me suis senti toujours attaché à la Creuse. J’ai fait toutes mes études secondaires à Moulins où mon père était professeur de math, Moulins c’est calme, un peu trop calme.
Je suis revenu en Creuse, en –je suis de 1926…
Mon grand-père était agriculteur. J’ai connu l’agriculture tout jeune. Une petite ferme. À les Vallières. Une ferme creusoise typique, 4 ou 5 vaches, un petit cheval, des chèvres. Une mai-son solide, cinq pièces, en pierre. Il y avait une source près de la maison alors on avait l’eau courante. Il y avait déjà l’électricité, je me rappelle je l’ai vue poser en 1932. Avant il n’y avait pas de lumière électrique, ils s’éclairaient avec des falots, des lampes à pétrole.
Il y avait ce qu’on appelle ici le cantou, la grande cheminée assez haute en pierre comme en faisaient les maçons de la creuse. On avait aussi une cuisinière à bois, la cuisine se faisait par-tie cheminé, partie cuisine. C’était un régime alimentaire très simple à base de légume, un petit peu de cochon de temps en temps. C’était l’alimentation typique des paysans d’autrefois du 19 siècle, d’avant la guerre de 14. Ils mangeaient beaucoup de porc et beaucoup de fruits. Il y avait des pommes de terre, du porc.
Le dimanche les gens allaient à la messe, et après les hommes allaient au café boire le canon de rouge pour évoquer la guerre, la conversation des cafés je m’en rappelle comme si c’était hier, c’était avant tout la guerre de 14, ils ne parlaient que de ça. Ils racontaient les horreurs qu’ils avaient vécues, des fois il y avait une petite note d’humour, mais le plus souvent c’était le tragique. Mon oncle, le frère de ma mère, a été tué juste au début de la guerre, au mois d’octobre quatorze. Pour vous monter à quel point la saignée s’est étendue, dans chaque vil-lage il y a un monument, à Vallières il y a 35 noms, 35 tués, pour une population de l’ordre de 300 habitants.
Je me rappelle j’avais un instituteur de ceux qu’on appelait les hussards de la République, de ceux qu’on avait formés d’une manière extrêmement solide par les écoles normales. À six ans on savait lire.
Mon grand-père était né en 1859, il avait connu la guerre de 1870, et mon père celle de 1914. Il n’est pas resté toute la guerre dans les tranchées, ça lui a sauvé la vie. Mon grand-père est mort en 1947 à 88 ans. C’était le type du vieux Creusois dur à cuire, les gens travaillaient beaucoup, mais ils travaillaient lentement et dans l’ensemble ils se maintenaient en bonne santé. C’était des gens solides. On en voit encore ici, des coriaces qui dépassent les 100 ans.
Mon père avait des ruches, j’ai continué la tradition, j’ai des abeilles depuis 70 ans.
La Creuse c’est la ruralité. Et puis les Creusois passent pour des gens fermés, pas très sociaux, et ça peut se repérer dans toute la région qui s’étend du plateau de mille vaches jusqu’à la Corrèze. Mais ce sont des gens qui ont toujours brillé par leur patriotisme et par leur ardeur au travail.
J’aime Marcillac en Combraille. Avec des souvenirs d’autrefois, les châteaux.
L’agriculture a beaucoup changé, maintenant il y a des exploitations avec cent vaches. C’est une tout autre vie.
Les charrons fabriquaient des roues de voiture, des chariots. Je les ai vus disparaître. Plus de boulot. Celui de notre village il est parti à Montluçon.
La batteuse c’était la grande fête, ils aimaient bien boire un petit coup. J’habite Sainte Feyre, il y a encore une fête de la pomme à la Toussaint. Ici à Ajain il y a une fête du jambon.
Il y eut des nouveautés techniques, des « Rombader », des machines qui font des grosses bot-tes de foin. C’est apparu un beau jour. Il y a eu d’abord les choses de la vie courante, les scies, et après sont apparues des choses plus sophistiquées, mais c’est allé en se compliquant.
Il y avait des maraichers, des gens qui cultivaient leurs légumes et les vendaient au marché.
Guéret n’a pas vraiment changé depuis trente ans, il y a eu le machinisme, mais les mentalités sont restées les mêmes. Quand je suis arrivé il y avait encore des petites boutiques qui ven-daient un peu de tout, mais ça a disparu complètement. Il y en avait une sur la petite place du Marché, une petite boutique qui vendait de tout, et il y a longtemps qu’elle a disparu.
J’ai connu les voitures à âne, c’était la Creuse pittoresque. Je me rappelle quand j’avais 4 ou 5 ans avec mon frère jumeau on s’amusait dans le jardin. Ce temps-là ne reviendra jamais. Mais c’est comme ça la vie. Mais quand je vois des gens qui arrivent à presque 100 ans d’un côté ça vous ragaillardi, on se dit pourquoi pas moi. Des centenaires il y en a pas mal dans la ré-gion.
La Creuse c’est une terre agricole.
J’aime bien Évaux, il y a une cascade. Je me rappelle être allé à des fêtes foraines quand j’étais jeune.
J’étais trop jeune pour faire la guerre. Mais j’ai eu tous les échos de ce qui se préparait. Il y a eu une espèce de petite bataille à la sortie de Moulins, une vingtaine de tués. Il y avait des Allemands, mais en fait c’était des Géorgiens qui venaient de chez Staline. Ça n’a pas été trop dramatique, moins que dans la région de la Creuse et la Corrèze.
Il y a des souvenirs qui s’évaporent. J’ai eu une vie très calme, sans beaucoup d’événements. Ma carrière a été très simple.
La main c’est l’uniforme de vie.
J’ai failli me battre au lycée de Montluçon avec un élève qui était une forte tête et voulait faire ce qu’il voulait, il a eu une bonne colle et après il s’est calmé.
La transcription des interviews réalisés sur le territoire creusois