Le bébé c’est moi. À Bourg Saint-Georges. C’est là que j’habitais. C’est moi qui ai pris les photos.
Pas trop de confort à ce moment-là. L’eau au puits pour deux maisons. Il ne gelait pas. On voyait un peu de fumée au fond. Il y avait une cheminée et la cuisinière. Mon père était en Allemagne, ma mère faisait des journées. Mon père travaillait pour un exploitant agricole. Mon père a trouvé un endroit où on était tous les trois. On est resté 54 ans dans cette maison là. Quand je suis venu là, les patrons ont vendu la maison. Mes parents sont entrés dans des maisons médicalisées. Moi je suis resté dans la maison jusqu’à l’âge de la retraite et je suis venu là. Je faisais du blé, des légumes, tout. Je faisais juste du blé à la fin, j’étais tout seul. J’avais une petite de moissonneuse batteuse. J’avais 10 hectares à couper, je coupais quand je voulais. La télé ça fait déjà longtemps, c’est la cinquième. Avant y’avait la radio, ou on allait voir la Piste aux étoiles chez des voisins. Le mercredi je crois. J’aimais bien. On apportait un gâteau et on mangeait ensemble. J’allais au bal des fois, et le cinéma dans le bourg, il y avait un gars qui venait. Il y avait des fêtes. Pour la Saint Georges à Bourg Saint Georges. On s’amusait pour la batteuse, des fois jusqu’à la minuit. J’allais à tous les bals. Je n’avais pas de voiture, j’allais en vélo, en solex. J’avais été au service militaire en 57 en Allemagne. 30 mois. Ce n’était pas de la rigolade, fallait aller en Algérie, j’aurais pu y aller, mais j’ai attrapé une pleurésie et je suis resté huit mois en préventorium, après j’étais guéri et je suis revenu chez moi. J’ai eu le téléphone, j’avais des bêtes, les vaches faisaient les petits veaux, j’appelais le vétérinaire. Les marchands de bêtes ils passaient. Le blé on le gardait pour faire de la farine pour donner aux bêtes. J’avais mon moulin. Des fois j’allais à la foire à Boussac avec mon père ou ma mère. On ne quittait pas la Creuse. Une année j’ai été à l’exposition à Paris. On a visité les bêtes, on a mangé au milieu de l’exposition. On partait le matin de bonne heure et on rentrait le soir. Je m’inquiétais pour mes bêtes. Guéret, ça a changé. Les ronds-points, j’en perdrais les pédales, j’ai passé mon permis là-bas. J’allais au marché à Boussac, ça existe toujours. On connait beaucoup de monde. C’était le jeudi. Dans le village on était 4 maisons, j’allais en vélo au bourg à 1 kilomètre. Il y avait tout, maintenant c’est maigre. Le maréchal ferrant, le boucher, le boulanger. Maintenant le boucher il vient de Gouzon, 8 km. Il y avait une scierie, un bourrelier pour réparer les harnais des chevaux. Après on se débrouil-lait, on mettait des rivets pour réparer les harnais. Le négociant en vin il y en avait deux, il y en a plus qu’un, il n’y a plus de garages, il n’y a plus de maçons, il y en avait trois. Il y avait un entrepreneur de moissonneuse batteuse, c’était un cousin à moi. Disparu. Les cafés il y en avait cinq, il y en a plus qu’un, il n’y a plus de tabac. Je buvais un verre en allant chercher le pain. Il y avait un Martiniquais, monsieur Diouf, il disait je veux un blanc pour un noir, ça me faisait rigoler. Chez nous on ne parlait pas beaucoup en patois creusois. J’ai pas à me plaindre de ce métier, j’étais fils unique, je pouvais pas laisser tomber mes parents comme une chaus-sette, j’avais trouvé une femme pour me marier, mais par rapport à ça j’ai pas pu me marier, elle ne voulait pas faire ce métier, ça lui plaisait pas. J’aurais voulu, moi, mais c’est mes pa-rents. Y’a bien des moments je regrette un peu d’être resté célibataire, j’aurais des enfants peut-être ils seraient là. On est resté 54 ans avec le même propriétaire, on ne devait pas être mauvais sinon il ne nous aurait pas gardés. Onze personnes des propriétaires qu’on a vu mou-rir. C’est arrivé aux petits enfants de la belle fille, je suis parti, elle a vendu un an après. Fina-lement, je suis ici, je suis correct. Il n’y a rien qui me manque. Je vais leur aider le lundi à faire de la pâtisserie, il n’y a que des femmes.
La transcription des interviews réalisés sur le territoire creusois